Connaissez-vous la nuit ? Soyez noctambules !

Concevoir la lumière fait partie intégrante de la construction et de l’aménagement de la ville la nuit. Comment faire les bons choix, définir des bonnes orientations et réaliser les bons investissements sans comprendre comment vit la – et peut-être sa – ville la nuit ? Les normes, recueils techniques, publications et ouvrages sur la lumière ne suffisent pas nourrir un projet.

Un cuisinier ne peut pas préparer ses plats sans les goûter. De la même façon, concevoir la lumière pour la nuit nécessite de la comprendre. Pour cela il faut la vivre, l’expérimenter, la pratiquer.

Vous qui pensez peut-être bien connaître le monde de l’éclairage, êtes-vous un bon noctambule ?

 

Noctambulisme :

« Comportement des personnes qui aiment à se promener, à se divertir pendant la nuit. »

Définition 2016 du dictionnaire Larousse.

 

Être noctambule c’est :

Se promener

Faire une ballade nocturne à la « dolce vita » et apprécier la beauté de la ville illuminée.

 

S’isoler dans l’obscurité

Profiter de la nuit pour s’isoler et se retrouver. Loin de l’éclairage public, apprécier le calme, découvrir les sonorités de la nuit, se confronter à la perte de ses repères, au silence, à la solitude, à l’obscurité.

 

Jouer les astronomes

Contempler les astres, redécouvrir la lune et suivre les lucioles pour les plus chanceux.

 

Rester éveillé quand les autres vont se coucher

Vivre à contre-pied des schémas classiques et des habitudes communément dictées par la société. Vivre la nuit qu’il soit 23h, 3h ou 6h, parce que chaque phase de la nuit est différente (soirée, minuit, nuit profonde, petit matin). Voir par exemple que les publics rencontrés sur l’espace public sont différents selon les heures.

Une photo publiée par Derfyrbua (@derfyrbua) le

 

Où que l’on soit

De la ville au monde rural, du naturel à l’artificiel. Découvrir ces différents environnements et comprendre que la ville fourmille encore lorsque la campagne s’est endormie. Les besoins et les pratiques sont différentes selon les territoires.

 

Se divertir

La nuit festive s’oppose à la nuit du repos. Restaurants, Concerts, spectacles, théâtres, festivals, bars de nuit, clubs, soirées privées, soirées d’appartements… La nuit est un formidable espace propice au développement des pratiques culturelles. Enseignes, écrans, média façades, video mapping, éclairage public et urbain… les lumières se mélangent et se mêlent à la fête.

La nuit est un monde de découvertes, de partages, de rencontres, d’insouciance, mais aussi de conflits. Un terrain libre où les frontières établies par le monde du jour se brisent souvent. Un monde où les codes sociaux, les moules, les diktats, censures et « tenues correctes exigées » imposées par la société explosent. La nuit permet de fuir les problèmes, de rechercher cette liberté impossible à vivre le jour, de s’échapper vers d’autres horizons. Sortir la nuit c’est aussi côtoyer et expérimenter les interdits.

Une photo publiée par @death_vallee le

 

Être confronté à la ville inhospitalière

Celle qui est synonyme de danger et d’insécurité. Le noctambule verra qu’elle vit aussi là où on ne l’attend pas. Certains espaces décrits et pensés comme sûrs de nuit ne le sont pas en réalité et vice-versa.

 

Se déplacer

Se retrouver confronté aux problématiques de déplacements nocturnes. Automobile, métro, bus, navette, train, taxi, vélo… Ne pas se cantonner à un seul moyen de déplacement urbain pour comprendre que les transports sont l’élément clé qui conditionne les pratiques et activités nocturnes. Pourtant leur efficacité et repérage nocturne est rarement évident.

Une vidéo publiée par Ababou (@ababou13) le

 

Avoir envie…

Être noctambule c’est également se retrouver confronté à ses besoins physiologiques. Où se soulager lorsque les toilettes publiques et les établissements pourvus de sanitaires sont fermés ou inaccessibles ? Il s’agit là d’un simple exemple mais certaines solutions évidentes de jour deviennent problématiques de nuit.


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Travailler

Vivre la nuit ne signifie pas uniquement contempler les astres ou se divertir. Être actif la nuit c’est aussi travailler quand les autres se reposent ou se divertissent. Industrie, santé, sécurité, logistique, construction, transport, divertissement… ces secteurs fourmillent de travailleurs nocturnes qui ne fréquenteront l’espace public que pour leurs déplacements. En Île-de-France 1 salarié sur 6 travaille la nuit de manière chronique.

Une photo publiée par @ericwapler le

 

 

Être noctambule c’est donc comprendre la nuit : ce monde en soi qui ne recoupe que très partiellement celui du jour. Vivre la nuit c’est saisir ses temporalités propres. C’est se retrouver confronté à l’urbanité, aux problématiques d’aménagements urbains, à l’obscurité. C’est fréquenter des espaces construits qui sont en général pensés et conçus par des acteurs qui ne vivent que le jour et dorment la nuit. Des décideurs qui passent donc trop souvent à côté des réels besoins, usages, pratiques et caractéristiques réelles du monde de la nuit. La pratiquer c’est prendre conscience que certains jugements que l’on porte sur elle de jour sont parfois infondés ou erronés.

D’ailleurs le saviez-vous ? Bien que très minoritaires, certains concepteurs lumières, architectes et urbanistes organisent des déambulations nocturnes à la conquête de la ville la nuit. Rien de tel pour la (re)découvrir

Au lieu d’aller se coucher, et si on sortait avant de dessiner et/ou décider ? Allez, bonne nuit !

Paris, Nuit Blanche 2014
Paris, Nuit Blanche 2014

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Aller plus loin…

2 commentaires

  1. En tout cas, un très bon article à lire et à relire pour les noctambules. Merci à l’auteur 😉

  2. Ping :Manifeste des Concepteurs Lumière – EclairagePublic.eu

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