Ingénieur éclairagiste, Éclairagiste, Concepteur lumière, Artiste lumière… Quelles différences ?

Il existe trois profils de concepteurs d’éclairage : l’Ingénieur éclairagiste, l’Artiste lumière et le Concepteur lumière. Quelles sont les différences entre ces métiers ? Ont-ils la même capacité à concevoir un projet d’éclairage ? Leurs savoir-faire s’opposent-ils ? Ont-ils des aspects complémentaires ?

 

Avant tout, il n’est pas inutile de préciser que l’on désigne par terme concepteur toute « personne chargée de la conception des projets […] dans une entreprise, » [1] que son but soit technique ou artistique. Ainsi, un ingénieur éclairagiste est lui aussi le concepteur d’installations d’éclairage. Ce terme n’est donc pas a priori attaché à la dimension artistique et créative. La différence fondamentale entre les trois professions réside en leur savoir-faire qui détermine leur approche des projets d’éclairage.

L’ingénieur éclairagiste a un profil technique qui lui offre la capacité de réaliser des éclairages fonctionnels en réponse à une demande et en accord avec des exigences techniques. Pour lui, la lumière a pour fonction d’éclairer (la lumière pour donner à voir).

L’artiste lumière porte un regard littéralement opposé sur la lumière qui est pour lui un moyen d’expression (la lumière pour donner à ressentir). Elle lui permet de créer, de s’exprimer en toute liberté et sans contrainte technique.

Le concepteur lumière se situe entre ces deux profils. Il traite la lumière pour donner à voir et donner à ressentir. Pour lui, ces deux aspects ne s’opposent pas mais forment un tout pour la conception des projets, bien sûr à différentes échelles selon les commandes et domaines d’intervention. Notons qu’on le considère également comme éclairagiste lorsqu’il a une approche projet essentiellement technique, nous reviendrons sur cette distinction par la suite. Ainsi, selon son savoir-faire et sa sensibilité, il pourra à la fois réaliser un éclairage fonctionnel, une mise en lumière ou encore une oeuvre lumineuse. [2]

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Les métiers de la conception d’éclairage (hors scénique).

 

Le visuel ci-dessus montre que de toute évidence, de par leur démarche et savoir-faire radicalement différents, l’Ingénieur éclairagiste et l’Artiste lumière s’opposent.

Afin de prendre en considération l’ensemble des concepteurs d’éclairages extérieurs et intérieurs, cet article s’ouvre sur les métiers de l’éclairage dans le spectacle vivant et l’audiovisuel.

 

LES MÉTIERS

L’ingénieur éclairagiste

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Sa mission est de dimensionner les installations d’éclairage en respectant scrupuleusement les normes établies ainsi que le cahier des charges qui cadre le projet. L’ingénieur éclairagiste ne considère la lumière que par sa fonction et ne se soucie du rendu visuel de l’éclairage qu’en accord avec les dites normes. En aucun cas il n’attache de l’importance à la forme. Il est indépendant ou travaille au sein d’un BET (Bureau d’Études Techniques).

Exemple de projets : éclairage de la pelouse du Stade de France, éclairage des chaussées, éclairage d’un hangar industriel, éclairage de bureaux.

Le concepteur lumière

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La démarche du concepteur lumière se situe entre celle de l’ingénieur éclairagiste et de l’artiste lumière. Les créations qu’il produit obéissent à un cahier des charges. Il considère la lumière par sa fonction mais aussi par sa forme selon la nature des projets. Son rôle est de concevoir l’éclairage, le planifier, ou mettre en lumière des sites de toutes échelles et de tous types, de la façade à l’agglomération, du naturel à l’artificiel. Pour ce faire, il met en oeuvre des solutions viables techniquement et économiquement. Il possède une vision globale de la lumière et est capable de gérer les projets de la phase d’analyse à la mise en service. À l’instar des bureaux d’études techniques et selon son niveau d’expertise, il est à même de réaliser des bilans énergétiques. Aussi, il est amené à élaborer des concepts lumière qui répondent à une demande sociale (urbanisme lumière par exemple). Le concepteur lumière travaille sur des projets pérennes mais peut réaliser des installations événementielles. Il est indépendant ou travaille au sein d’une agence de conception. Aujourd’hui et depuis peu, les concepteurs lumière forment une profession reconnue qui est fédérée par l’ACE (Association des Concepteurs lumière et Éclairagistes). Les BET (Bureaux d’Études Techniques) et les concepteurs lumière sont souvent appelés à collaborer ensemble afin de partager et compléter leurs compétences. Un BET n’intègre pas de concepteur lumière mais l’évolution des métiers tend à ne pas exclure pas ce cas de figure.

Exemple de projets : mise en lumière de la Tour Eiffel, SDAL (Schéma Directeur d’Aménagement Lumière) de la ville de Lyon, plan lumière du Parc de la Villette à Paris, illuminations de Noël.

Il est important de noter que le concepteur lumière possède le titre de « concepteur lumière, » lorsqu’il répond à une commande formulée par un maître d’ouvrage. Le concepteur lumière est ainsi le maître d’oeuvre. En revanche, il a le statut d’éclairagiste lorsqu’il est engagé par un maître d’oeuvre (agence de conception, scénographe etc.).

Enfin, notez que le terme lighting designer est la traduction anglaise de concepteur lumière. Certains designers spécialisés dans la conception de produits d’éclairage se revendiquent lighting designer ou designer lumière. Leur approche de la conception est intimement liée au produit alors que le concepteur lumière travaille la lumière dans un environnement. En guise d’illustration, on peut dire que le designer conçoit le produit tandis que l’éclairagiste et le concepteur lumière l’utilisent.

L’artiste lumière

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L’artiste lumière crée des oeuvres d’art. Bien qu’intangible, la lumière est pour lui le médium de ses créations, au même titre que d’autres artistes utilisent la peinture, la terre, le bronze etc. L’artiste lumière fait appel à la lumière sans considérer l’objet éclairant ou bien les utilise en les hissant au rang d’oeuvre d’art. Il peut aussi créer des produits d’éclairage qui deviendront des oeuvres d’art (lampes, sources d’éclairage etc). Il produit ses créations selon une démarche individualiste qu’il établit lui-même et qui guidera son oeuvre. Ses créations sont forcément personnelles et empreintes de son ressenti.

Exemples : Yann Kersalé est un artiste lumière français qui se sert de l’environnement naturel ou construit comme support pour ses oeuvres lumière. Ingo Maurer est un artiste lumière allemand qui conçoit des objets lumières hissés au rang d’oeuvre d’art pour la plupart d’entre eux.

En terme de création d’objet lumière, la différence fondamentale avec le designer est que ce dernier conçoit des produits d’éclairage qui répondent à un besoin et qui sont destinés à être fabriqués en série selon un processus industriel. Un designer conçoit un produit en associant trois ingrédients : la technique, l’usage et l’identité. Par exemple, l’usage d’un luminaire LED est sa capacité à éclairer en accord avec les normes, sa technique est sa capacité à résister dans le temps, à permettre la maintenance du produit et sa recyclabilité, à protéger et optimiser la source lumineuse, son identité étant sa forme, son esthétique, son « look. » Il faut savoir que certains concepteurs lumière intègrent la conception du mobilier d’éclairage de leur projet.

Exemples : Marc Aurel est un designer français qui est spécialisé dans la conception de mobilier urbain et par conséquent de produits pour l’éclairage extérieur (luminaires, candélabres). Jean-Michel Wilmotte — architecte, urbaniste, designer français — a conçu le mobilier des Champs-Élysées en 1994. Roger Narboni, concepteur lumière français, a conçu l’aménagement lumière (dont le dessin du mobilier d’éclairage) du Cours des 50 Otages à Nantes en 1993.

Le technicien lumière, le régisseur lumière, l’éclairagiste

Avant tout, il est nécessaire de préciser que le terme éclairagiste désigne en réalité deux métiers différents. On distingue l’éclairagiste qui travaille dans le monde du spectacle et l’ingénieur éclairagiste (cf. explication plus haut) qui, lui, n’a pas de lien avec le monde du spectacle et de l’événementiel. Revenons donc au monde de la scène.

L’éclairagiste est un technicien du spectacle vivant et de l’audiovisuel. Il assure la conception et la mise en oeuvre de tous les éclairages et effets lumineux de scène. Le technicien lumière et le régisseur lumière sont généralement sous l’autorité de l’éclairagiste. Ils se chargent de réaliser l’installation lumière selon les souhaits de l’éclairagiste qui assure la conception du « plan lumière » (document qui précise les informations techniques et effets à réaliser). Pour réaliser ce dernier, l’éclairagiste travaille en lien étroit avec le metteur en scène et le scénographe ou réalisateur. Leur univers de travail fait qu’ils maîtrisent parfaitement l’art de créer et programmer un scénario lumière qui accompagne un récit et retranscrit des émotions. Ces professionnels travaillent au spectacle ou au tournage ou sont attachés à une entreprise culturelle. Il est intéressant de noter que les premiers concepteurs lumière sont issus du monde du spectacle. [3]

 

COMPÉTENCES ET INTERVENTIONS

Le diagramme qui suit met en évidence les compétences et le degré d’intervention des différents concepteurs selon le type de projet. Ce premier diagramme associe les concepteurs majeurs qui sont amenés à concevoir ou participer à un projet d’éclairage. Le chevauchement des courbes mets en exergue la complémentarité des métiers et les permutations possibles entre les différents acteurs.

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Les métiers de la conception en général selon les domaines d’activité dans l’éclairage.

 

Voici le même diagramme, mais dont seuls les métiers directement liés à la lumière sont représentés :

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Les métiers de la conception d’éclairages selon les domaines d’activité dans l’éclairage.

 

Les concepteurs lumière ont un champs de compétence relativement vaste du fait que leur démarche se situe à cheval entre la technique et l’artistique. Certains se spécialisent toutefois dans un domaine d’intervention.

Notons que l’événementiel permet une grande liberté de création. Ainsi, la plupart des métiers de la conception sont à même de travailler sur ce genre de projet. Le monde du spectacle vivant, quant à lui, possède des spécificités bien particulières (acteurs, façon de faire, statut professionnel…). De ce fait, les concepteurs non issus de ce milieu peuvent difficilement y intervenir.

Les professionnels non spécialisés dans l’éclairage peuvent prendre part à certains types de projets de conception d’éclairage selon leur degré de connaissance en la matière. Par conséquent, un scénographe aura la possibilité d’imaginer un concept d’éclairage pour un événement (salon, festival, muséographie etc.) tandis qu’il n’aura pas la compétence et la sensibilité pour travailler sur des projets d’éclairage pérenne. Cependant, une chose est sûre, faute d’expertise suffisante en la matière, il collaborera avec les professionnels de la conception d’éclairage pour mener à bien leur projet.

Balaruc-les-BainsLa lumière est un élément à part entière de l’urbanisme.

 

DEMAIN, L’URBANISME LUMIÈRE ?

Demain, une nouvelle profession se dessine. Il s’agit de l’urbaniste lumière. La lumière ne se pense pas seulement à l’échelle d’une ville, ou d’un site dans la ville. La lumière doit être considérée à l’échelle de l’agglomération, de l’aire urbaine entière afin que l’éclairage soit totalement cohérent sans créer de disparités.

Si aujourd’hui les concepteurs lumière mènent déjà des projets de ce type depuis une dizaine d’année au travers des SDAL (Schéma Directeur d’Aménagement Lumière), il est fort probable que cette vision globale de la lumière soit davantage considérée et développée en profondeur.

Aujourd’hui, un SDAL gomme certaines failles et imperfections de l’éclairage à l’échelle de la ville, mais ne se place pas vraiment au centre d’une démarche globale d’aménagement urbain qui se fonde sur l’homme et ses façons de vivre la ville. De plus, la lumière est rarement planifiée de pair et de façon exhaustive avec l’ensemble des caractéristiques de l’environnement urbain (matériaux, revêtement etc.).

Aussi, on constate bien souvent un écart entre les préconisations avancées et leur mise en oeuvre sur le terrain. L’urbaniste lumière aura la mission de penser, concevoir, planifier et coordonner la lumière — une lumière devenue sociale — en intervenant dans la phase amont de la réflexion urbanistique adaptée au contexte local, tout en assurant un contrôle sur le moyen et long terme. Il travaillera directement au niveau de la politique urbaine.

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Aller plus loin…

[1] Encyclopédie Larousse – 2013.
[2] D’après « Entre l’artiste et l’ingénieur, le concepteur lumière et l’éclairagiste » – documentation internet <lien: http://www.erudit.org/revue/pr/2003/v31/n3/008442ar.pdf> – Jean-Jacques Ezrati, Protée (extrait), vol. 31, n° 3, p. 107-111 – 2003.
[3] D’après « Technicien lumière » – documentation internet <lien: http://www.jcomjeune.com/article-metier/technicien-lumiere> – Christian Miche, © CIDJ – 03/2012.

2 commentaires

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