Tchernobyl et son éclairage public contaminé, retour plus de 30 ans après.

Samedi 26 avril 1986, 1h23. La terre a tremblé. Une gerbe de feu s’élève dans la nuit au-dessus de la centrale de Tchernobyl. Le réacteur numéro 4 a explosé. Le générateur est devenu un cratère diabolique qui émet sans faillir son poison mortel. Invisible et imperceptible, il scellera à jamais le sort d’un territoire devenu irradié pour plusieurs siècles. Aujourd’hui encore, l’éclairage de la zone interdite subsiste. Il est désormais possible de partir à sa découverte sans avoir à affronter l’angoisse des bipbip du compteur Geiger.

 

Le mal est fait

30 heures plus tard, la ville de Pripiat est évacuée dans l’urgence. Les habitants y ont tout laissé, l’évacuation sera temporaire leur dira-t-on. Pourtant ils n’y retourneront jamais. C’est ainsi que la ville – telle une Pompéi moderne – témoigne encore aujourd’hui d’une vie brutalement arrêtée qui marquera le point de chute du déclin de l’empire Soviétique.

Pripyat

Une avenue de Pripiat dans les années 1970-1980.

 

Urbanisme soviétique

Édifiée dans les années 1970, cette ville nouvelle attractive était destinée à héberger les travailleurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl mise en service en 1977. Les nombreux services et aménagements apportaient aux familles une excellente qualité de vie. Pripiat est parfaitement représentative des principes de l’architecture soviétique. L’organisation de la ville se base sur un mode de pensée rationaliste. Son architecture est fonctionnelle, moderne, droite, maîtrisée, contrôlée et donc sans artifice.

L’éclairage

L’éclairage des espaces publics répond aux principes fonctionnalistes des aménagements. Un seul type d’éclairage baigne la ville d’une lumière blanche, fonctionnelle et uniforme. Hauteurs de feux et espacements sont les mêmes pour pratiquement tous les espaces. Les mâts en béton sont tous identiques. Ceux de la Ville de Pripiat se distinguent par leurs imposantes crosses métalliques droites et rigides. Les candélabres font également office de support de panneaux routiers lumineux et d’enseignes dotées des symboles de l’Union Soviétique.

En ce qui concerne la fabrication, il faut savoir qu’un même produit pouvait être fabriqué dans plusieurs usines différentes car celles-ci n’étaient pas propriétaires de la définition des modèles. En effet les sociétés d’URSS étaient nationalisées. Les noms RKU, SKZPR etc. sont des désignations génériques qui désignent les types de produits. Par exemple la lettre S signifie « lanterne », K = « console », Z = « optique », R = « lampe mercure »…

Les luminaires les plus répandus dans la ville de Pripiat sont les modèles qui suivent.

  • RKU-01, du fabricant Svetotechnika essentiellement.

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Luminaire RKU-01 de Svetotechnika. Cliquez sur l’image pour plus d’informations. (crédit image : www.lighting-gallery.net, membre Lich)
  • ORZ6, du fabricant Mesko.

ORZ-6-1 version 1

Luminaire ORZ6-1 version 1 de Mesko. (crédit image : www.oprawy.info, cliquez sur l’image)

 

  • SKZPR (СКЗПР)*, Usine d’éclairage technique de Likhoslavl.
(*précision : « З » est la neuvième lettre de l’alphabet cyrillique, ne pas confondre avec le chiffre 3.)

SKZPR - СКЗПР 4

Modèle SKZPR (СКЗПР), à gauche version avec visière, à droite avec verre réfracteur.

 

Tous ces modèles fonctionnent avec des lampes à vapeur de mercure.

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Candélabres en béton pour l’éclairage des voies de circulation de la ville de Pripiat. Vues urbaines d’avant la catastrophe de la centrale. (crédit images : pripyat.com)

 

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Mât béton d’éclairage public avec panneau de signalisation et décoration lumineuse soviétique. (crédit image : Pedro Moura Pinheiro, www.pedromourapinheiro.com)

 

Les villages et hameaux voisins bénéficient d’un éclairage fonction plus sommaire. Les luminaires sont installés sur des crosses positionnées sur les poteaux électriques.

Quant aux espaces piétons, squares, jardins et cheminements piétons, ils sont équipés de mâts multicolores coiffés de lanternes résidentielles de type diffuseurs. Il s’agit du luminaire Majak RTU-01. Ce modèle fût produit par le fabricant Svetotechnika durant la période Soviétique pour l’éclairage des parcs et places d’agrément situés à proximité d’immeubles en zone urbaine. Le corps du luminaire est en fonte d’aluminium et le diffuseur en matériaux synthétiques.

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Éclairage public des espaces piétonniers. La ville avant la catastrophe de Tchernobyl. Sur la dernière photo on aperçoit à droite le modèle Ogoniok ZhTU-01 (c’est le successeur du luminaire Majak RTU-01) (crédit image : pripyat.com)

 

Luminaire Soviétique Majak RTU-01 du fabricant Svetotechnika. Cliquez sur l’image pour plus d’informations. (crédit image : www.lighting-gallery.net, membre Lich)

 

Pripyat5Pripiat la nuit avec son éclairage avant la catastrophe de la centrale de Tchernobyl. (crédit image : pripyat.com)

 

30 ans après

Dans la zone interdite, l’éclairage public des villes de Pripiat, de Tchernobyl et des villages alentours est resté en l’état. Héritage de l’époque soviétique, il n’est cependant plus en fonctionnement dans les zones officiellement désertes. Seule la ville de Tchernobyl vit encore au rythme de quelques habitants qui travaillent à la centrale mais son éclairage est très mal entretenu. Dans un environnement à risque comme celui-ci dépourvu de toute vie nocturne il n’est pas une priorité.

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Ancien éclairage public dans la zone interdite de Tchernobyl. En haut : luminaires du fabricant Svetlina. (crédit image : pineappleexplorer.com)

 

Pripiat

Décoration lumineuse représentant le régime soviétique. Des enseignes de ce type étaient installées partout dans la ville les mâts en béton. Une des lampes à incandescence a survécu. (crédit photo : Sara Etten)

 

Pétochard ? Ouf sauvé !

La zone d’exclusion d’un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale de Tchernobyl attise la curiosité. Que se passe-t-il à l’intérieur ? Que subsiste-il ? Si l’accès à la zone est possible bien que très fortement réglementé par l’État Ukrainien, il n’en demeure pas moins risqué. Pour les moins courageux (et ceux qui veulent économiser un billet d’avion), aujourd’hui plus besoin de se déplacer. Google StreetView a effectué la tâche pour nous. Cliquez, vous y serez !

 

  • Le CheckPoint Dityatki :

Lanterne Elgo Strada (poteau de droite).

 

  • La centrale et le réacteur N°4, sur la gauche le second sarcophage en construction :

  • La ville de Pripiat :

Lanterne SKZPR (СКЗПР).

 

Lanternes Svetotechnika RKU-01.

 

Lanterne Svetotechnika RKU-01.

 

Lanterne SKZPR (СКЗПР).

 

Lanternes Svetotechnika RKU-01.

 

Lanternes Mesko ORZ6.

 

Lanterne SKZPR (СКЗПР).

 

  • La ville de Tchernobyl :

Luminaires du fabricant Svetlina.

 

Moralité ?

De la même façon, pour voir comment évoluent ses installations d’éclairage, donnons-nous rendez-vous dans quelques années dans la zone rouge de Fukushima. Enfin… à distance, sur StreetView, bien au chaud assis dernière notre écran.

Un commentaire

  1. Zum Toolp:wclien wir uns nicht alle mal friedlich zusammen setzen und ein wenig filzen? Wird doch Winter, dann haben wir auch was warmes ;-D

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